Chevauchées afghanes
Publication du récit inédit de l’exploration de François Balsan dans l’Hindou-Kouch afghan en 1972. C’est une belle et rare découverte que ce livre Chevauchées afghanes – Dans les hauteurs de l’Hindou-Kouch, 1972, publié le 14 juin 2026 aux éditions GINKGO, 250 p., 64 photos, 3 cartes.
François Balsan (1902-1972) y relate ses deux raids de reconnaissance à cheval, à l’été 1972, dans des montagnes afghanes presque inconnues des Européens.
Eprouvé physiquement par cette rude aventure (notamment des parcours en haute altitude, hasardeux pour un septuagénaire), l’explorateur décède de crise cardiaque en novembre 1972 , au retour d’une conférence aux Berrichons de Paris. Il avait achevé la rédaction de son livre. Aujourd’hui sa famille a redécouvert son tapuscrit et l’a confié aux éditions Ginkgo. Voici donc enfin en librairie ce témoignage exceptionnel sur la vie des vallées afghanes avant le cataclysme des décennies de guerres démarrées en 1978.
Ces deux ultimes raids de François Balsan se déroulent à une période de l’histoire du pays où la paix règne et où la constitution de 1964, voulue par le roi Zaher Chah, a instauré une monarchie parlementaire, la liberté de la presse et un statut d’égalité entre femmes et hommes. Cependant, les réformes et la modernité n’ont pas encore atteint la vie traditionnelle des Afghans que l’explorateur va rencontrer dans leurs montagnes.
François Balsan bénéficie d’une autorisation royale exceptionnelle, due à l’impressionnante réussite, en 1971, de son exploration du vaste désert du Sud-afghan (Au Registan inexploré, Berger-Levrault, 1972).
En juin et juillet 1972, accompagné seulement de guides recrutés le long des chemins, il traverse maints reliefs escarpés jalonnés de villages et de campements nomades parmi les moins accessibles d’Afghanistan.
Il collecte une moisson d’informations géographiques, ethnographiques et archéologiques, faisant de ce livre une référence précieuse pour la connaissance de l’Afghanistan de toujours.
Les chevaux qu’il obtient de village en village ont tous le pied sûr. François Balsan décrit son préféré avec lequel il a franchi en trois jours des reliefs vertigineux : « fin pur-sang, bai-zain presque noir, mesurant 1 mètre 40 au garrot ; les veines saillent sur la robe satinée ; une flamme de zèle brille dans le regard sombre ». Il l’a baptisé « Jehol » comme le cheval de bozkachi du roman « Les Cavaliers » de Joseph Kessel.
Bien que datant de plus de cinquante ans, ce carnet de route extraordinaire, accompagné de photos captivantes, offre des renseignements de valeur permanente sur les régions traversées. C’est un quotidien d’échanges et de découvertes réciproques. L’hospitalité légendaire des Afghans se vérifie presque toujours, malgré les difficultés économiques immanentes (et la famine frappant durement ces régions en 1972 suite à des années de sécheresse). Il rend compte de la coexistence, des complémentarités, et parfois des rivalités, entre ethnies et clans tribaux des hautes vallées des provinces de Bâmyân, Sar-e-Pol, Ghor, Badakhchân. Il transmet les explications fournies par les habitants (Hazâras, Aymâqs, Tâdjiks, Pachtounes koutchis) sur leurs origines, traditions et modes de vie.
Il décrit des sites anciens tombés dans l’oubli, comme les ruines du « Château des 40 tours » au nord-ouest de Yakâolang, ou les grottes bouddhiques de Singlak au nord de Daolatyâr.
Un regret de l’auteur est de n’avoir pas vu l’ancien village de Deh Khalil (au-dessus du lac du même nom sur la rivière Morghâb). Il était passé tout près et, selon le chef aymâq Horodjân rencontré plus loin, aurait pu y chercher des vestiges de la forteresse de Div-Hissar décrite par le voyageur Ferrier en 1846. Une autre frustration survint dans le Badakhchân, lorsque son guide, ayant instruction du wakil de Lachkardjâ de le mener plein nord jusqu’à Qal’a-e Kouf, ne put consentir à un détour de plusieurs jours vers l’ouest où l’existence d’un ancien château (Qal’a-e Semander) venait de lui être citée par des villageois.
Avis aux futurs voyageurs…
Ce livre, accompagné de nombreuses photos, témoigne de la fusion entre la rude somptuosité des hauteurs traversées et la dignité de leurs occupants. Quoiqu’observée avant les conflits surgis depuis 1978, cette fusion demeure une réalité dans beaucoup de villages et campements de l’Afghanistan de toujours.
Vincent SHNEITER, Ex Attaché Commercial de l’ambassade de France à KABOUL, années 70-80, membre de l’AFRANE

Publication dans La Nouvelle République le 19 juillet 2026
Publication dans Le Figaro du 30 juin 2026